Le [mac] invite Louisa Babari dans l’espace expérimental de la [mac]room
Du 15 mai 2026 au 3 janvier 2027, le [mac] musée d’art contemporain consacre une exposition à l’artiste française, algérienne et russe Louisa Babari. Intitulée AFRICA, cette proposition immersive explore les strates antiques et mythologiques de l’Afrique du Nord à travers un corpus d’œuvres photographiques, plastiques et sonores, où se croisent histoire, fiction et mémoire. L’exposition est accompagnée d’une création sonore réalisée avec les étudiants du Conservatoire Pierre Barbizet.
Exposition en partenariat avec le Centre d’art contemporain Passages de Troyes.
Exposition labellisée Saison Méditerranée - Institut français
Exposition labellisée au programme Grand Arles Express des Rencontres d’Arles 2026
Exposition labellisée Bicentenaire de la photographie
Journée inaugurale samedi 16 juin
Informations pratiques :
Du 15 mai 2026 au 3 janvier 2027 Du mardi au dimanche de 9h à 18h
Fermeture hebdomadaire le lundi, sauf lundi de Pentecôte.
📍[mac] musée d'art contemporain
69, avenue de Haïfa - 13008 Marseille
☎️ 04 13 94 83 49/54
Louisa Babari, AFRICA © Louisa Babari 2026
Le [mac] invite Louisa Babari dans l’espace expérimental de la [mac]room
En 2024, le [mac] musée d’art contemporain a fait l’acquisition de Journal d’un étudiant algérien à Moscou, œuvre emblématique de Louisa Babari composée d’archives familiales retraçant le parcours de son père en URSS entre 1962 et 1972. À travers cette micro-histoire intime, l’artiste propose un contrepoint à l’iconographie coloniale et postcoloniale, dessinant une Algérie "hors sol" et ouvrant un dialogue critique avec les grands récits historiques. Souhaitant approfondir cette démarche, le [mac] confie à Louisa Babari l’espace expérimental de la [mac]room. L’exposition AFRICA, conçue en partenariat avec le Centre d’art contemporain Passages de Troyes, s’inscrit dans une recherche au long cours mêlant archéologie des images, mythologie amazighe et création contemporaine. L’exposition s’accompagne d’une pièce sonore conçue spécialement par l’artiste, en collaboration avec les étudiants de la classe de musique électroacoustique du Conservatoire Pierre Barbizet, sous la direction de Jean-Luc Gergonne.

Louisa Babari, AFRICA © Louisa Babari 2026
AFRICA : entre mythologie amazighe et création contemporaine
Le titre de l’exposition fait référence à la déesse berbère Africa - Ifri ou Ifru -, figure mythologique associée au feu, à la guerre, à la fertilité et au commerce. À travers cette référence, Louisa Babari interroge la genèse du nom "Africa" et son extension progressive à l’ensemble du continent, depuis l’Afrique du Nord antique jusqu’à ses réappropriations contemporaines. L’exposition déploie un ensemble d’œuvres photographiques, collages, photomontages et créations sonores consacrés aux civilisations berbère et numide, dans l’espace algérien. Les recherches menées par l’artiste sur son patronyme - issu de la tribu Babari, originaire des Aurès - nourrissent un imaginaire peuplé de figures guerrières, de cavaliers et cavalières, de lions de Barbarie et de chevaux Barbes, formant un bestiaire antique réactivé par des dispositifs immersifs. Croisant histoire, intuitions personnelles et production artistique, AFRICA propose une réflexion esthétique et quasi "scientifique" sur une Algérie antique, précoloniale et mythologique, encore largement absente des représentations dominantes.

Louisa Babari, AFRICA © Louisa Babari 2026
Une édition pour prolonger l’exposition
L’édition BBR-AFRICA* se présente comme le lien entre les deux expositions de l’artiste au [mac] et au centre d’art contemporain Passages de Troyes**.
Conçue comme un imagier, elle rend vivante et palpable l’exploration des états multiples de l’image photographique archives familiales, photographie documentaire et scientifique, photo-collage. Les textes de Stéphanie Airaud, Louisa Babari, Maëla Bescond et Florian Gaité, traduits en français, anglais et arabe algérien, dialoguent avec ce corpus inédit.
**Au centre d’art contemporain de Troyes, Passages (BBR, du 30 mai au 14 août 2026), l’exposition, dont le commissariat est assuré par Maëla Bescond, est soutenue par Aware, Archives of Women Artists, Research & Exhibition. Le contexte de son histoire personnelle, partagée entre la Russie et l’Algérie durant des décennies d’une histoire politique internationale marquée par les guerres d’indépendance, est le point de départ des œuvres présentées. Louisa Babari se penche sur l’origine de son patronyme - Babari - pour remonter la trace de ses ancêtres mais également l’évolution du langage et la manière dont les archives portent la trace des événements et des histoires passées en Algérie, et plus particulièrement à Constantine.
*Éditions AA, Marseille
Lieux partenaires :
• Campus Art Méditerranée,
Conservatoire Piere Barbizet, Marseille.
Classe de musique électroacoustique.
Direction : Jean-Luc Gergonne
• Centre d’art contemporain Passages, Troyes.
Exposition de Louisa Babari,
BBR du 30.05.2026 au 14.08.2026.
Direction : Maëla Bescond
9 rue Jeanne d’Arc 10000 Troyes
cac-passages.com

Louisa Babari, AFRICA © Louisa Babari 2026

Louisa Babari, AFRICA © Louisa Babari 2026
Voix Publiques
De 19 septembre 2026 à janvier 2027
Préfiguration au [mac] à partir du 15 mai 2026
Projet labellisé Saison Méditerranée - Institut français
Voix Publiques est une oeuvre sonore et un programme de diffusion poétique conçue par Louisa Babari. Elle se présente comme une installation sonore destinée à l’espace public, constituée d’enregistrements de textes poétiques issus des pays africains de la Méditerranée et plus particulièrement centré ici sur la production poétique algérienne. Conçue pour être déployée en extérieur - rue, place, espaces verts - Voix Publiques renoue avec une tradition de diffusion poétique populaire, au cœur de la ville, des quartiers, afin de faire écouter et entendre au public, la littérature poétique dans ses formes diverses et différentes langues. Un projet porté en partenariat avec le centre d’art Rhizome, Alger (Algérie).
Lieu partenaire :
• Rhizome, Alger (Algérie)
Direction : Khaled Bouzidi
À propos de l’artiste
Louisa Babari est née en 1969 à Moscou. Elle grandit à Alger et à Moscou. Diplômée de l’Institut d’Études politiques de Paris et de l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris en études contemporaines et cinéma, sa production artistique est constituée d’œuvres vidéo, d’installations photographiques et sonores, d’œuvres graphiques et de sculptures. Elles activent des formes et des discours liés aux changements esthétiques et sociaux dans les anciens pays socialistes, évoquant les résistances et les luttes d’indépendance. Depuis 2015, elle développe un travail de recherche sur les transformations liées à l’architecture et à l’histoire du bâti en Algérie, ainsi que dans les grandes villes et les sites patrimoniaux africains. Elle poursuit cette recherche au Vietnam et photographie la métamorphose des villages côtiers. En 2018, elle crée Voix Publiques, une installation sonore et un programme de poésie panafricaine qui, destiné à l’espace public, soutient la production littéraire africaine. En 2023, Louisa Babari a reçu le prix Aware, Archives of Women Artists.

Louisa Babari © Louisa Babari 2024
Entretien avec Louisa Babari
► Comment ce projet d’exposition au [mac] de Marseille est-il né ?
Le projet est né d’une première rencontre avec Stéphanie Airaud - directrice du [mac] et commissaire de l’exposition - lors d’une exposition en Île-de-France, puis a réellement pris forme après l’obtention du prix Aware. À ce moment-là, une dynamique s’est enclenchée, qui a conduit à imaginer deux expositions distinctes (à Marseille et à Troyes) mais en dialogue, comme deux facettes complémentaires d’une même production. Parallèlement, l’acquisition de certaines de mes oeuvres par les musées de Marseille et le CNAP a renforcé ce contexte, en inscrivant mon travail dans des collections publiques et en accompagnant son développement. Le projet s’est construit autour de deux axes principaux de ma pratique : d’une part, une réflexion sur la généalogie, les archives familiales, réelles ou fictionnelles ; d’autre part, une exploration historique plus large, qui remonte jusqu’à l’Antiquité et interroge l’histoire de l’Algérie et de l’Afrique du Nord. Cette approche est profondément liée à mon travail "contrehistorique", qui constitue un socle essentiel dans mon processus de création. Au [mac], cela se traduit par une installation immersive pensée spécifiquement pour l’espace, en lien avec des objets des collections des Musées de Marseille. L’ensemble s’inscrit aussi dans un réseau de collaborations, notamment avec rhizome à Alger, donnant au projet une dimension à la fois locale et internationale.
► Si vous deviez nous raconter la genèse d’AFRICA, quel a été le point de départ : une image, un mot, une recherche sur votre nom, ou une rencontre avec la figure de la déesse Africa ?
Le point de départ est très clairement la question de mon patronyme. Comme beaucoup, je me suis interrogée sur l’origine de mon nom. En menant des recherches, j’ai découvert que "Babari" est un ethnonyme très ancien, attesté en Afrique du Nord depuis l’Antiquité. Cette découverte a été bouleversante. Grâce au travail de l’archéologue Ahmed Mcharek, professeur à l’université de Tunis, j’ai compris que ce nom apparaissait dans des sources liées au royaume numide et à l’Afrique romaine. J’ai eu envie d’explorer ce lien entre une histoire intime - celle d’un nom - et une histoire beaucoup plus vaste, celle de l’Antiquité nord-africaine. Le titre AFRICA est venu ensuite, en résonance avec cette histoire. Il renvoie à la fois à l’Africa romaine - l’Africa Nova - et à la figure plus ancienne de la déesse Africa, divinité libyque associée à la fertilité et au foyer. Ce titre évoque aussi la manière dont les cultures se rencontrent, se transforment et se transmettent dans l’espace méditerranéen.
► Vous évoquez une Algérie antique, amazighe et mythologique encore largement absente des représentations dominantes. Avez-vous le sentiment de réparer un manque d’images, de réécrire un récit, ou d’inventer une nouvelle mythologie ?
Je ne dirais pas que je "répare" quelque chose, mais il y a effectivement une volonté de produire des images et des récits qui ont été moins visibles. L’histoire de l’Afrique du Nord antique est souvent racontée à travers le prisme de Rome. Les études romanistes ont longtemps occupé une place centrale, ce qui est compréhensible, mais cela a laissé dans l’ombre les peuples qui vivaient sur ces territoires avant et pendant la domination romaine. Ce qui m’intéresse, c’est de faire apparaître ces histoires dans toute leur complexité : les Numides, les populations libyques, les circulations entre les mondes grec, punique, romain et berbère. Ce sont des civilisations extrêmement riches. Mon travail n’est pas celui d’une historienne. Je travaille à partir de l’histoire, mais aussi d’intuition et d’imaginaire. Il s’agit moins de réécrire l’histoire que de créer des images capables de faire ressentir la profondeur et la complexité de cette mémoire.
► Votre travail mêle recherche historique, archives familiales, intuition personnelle et photomontage. À quel moment l’histoire bascule-t-elle vers la fiction ? Et comment trouvez-vous l’équilibre entre rigueur et imaginaire ?
Je ne fais pas beaucoup de recherches en amont de mes productions. J’ai en revanche beaucoup lu pour ce projet. J’ai gardé de mes rencontres avec la production archéologique, un souvenir très subjectif, une mémoire partielle, fragile, je n’ai pas tout retenu d’un point de vue scientifique. Dans cette exposition, j’ai réalisé des collages qui fonctionnent un peu comme des fouilles visuelles : j’assemble des fragments de sculptures, des silhouettes, des paysages, des ruines. Ce ne sont pas des reconstitutions historiques. Ce sont des visions possibles, des fragments d’histoires. Je dirais que la fiction apparaît au moment où l’image se compose, où les fragments s’assemblent. C’est là que l’on passe de l’archive à la création.
► La photographie occupe également une place importante dans l’exposition. Pourquoi ?
La photographie est très présente dans mon travail depuis longtemps. Pour cette exposition, j’ai réalisé un diaporama de photographies en noir et blanc de statues et d’objets antiques. Ces images jouent sur une tension entre la fragilité et l’éternité de la statuaire. La pierre est érodée, fissurée, parfois presque effacée, mais les visages restent incroyablement présents. J’essaie de transformer ces fragments en portraits intemporels. La photographie devient alors un moyen de faire dialoguer passé et présent, de faire apparaître une présence humaine à travers la minéralité de ces objets antiques.
► L’exposition présente aussi des objets archéologiques. Quel rôle jouent-ils ?
Nous avons intégré dans l’exposition plusieurs objets issus des collections du musée d’archéologie méditerranéenne (MAM) des Musées de Marseille : des pièces numides, puniques et romaines. Ces objets dialoguent avec mes oeuvres. On trouve par exemple une stèle, un médaillon en verre figuratif, une pointe de lance et des colonnes romaines. Il y a aussi une pièce qui m’intéresse beaucoup : une reproduction animée d’une inscription antique mentionnant la défaite des Babaris face à un gouverneur romain au IIIᵉ siècle. Cette présence d’objets historiques crée une continuité entre les oeuvres contemporaines et les traces matérielles de cette histoire.
► Avec Voix Publiques, vous faites sortir la poésie dans l’espace public. Pourquoi était-il important pour vous que ces voix soient entendues dans la rue, et non seulement dans un musée ? Est-ce un geste artistique, politique, ou profondément intime ?
La poésie est, à l’origine, un art profondément populaire. Elle est faite pour être dite, partagée, entendue. Dans beaucoup de cultures, elle circule dans la rue, dans les cafés, dans les rassemblements. L’espace public aujourd’hui est saturé de bruit, de vitesse, d’injonctions. La poésie vient interrompre ce flux. Elle crée une pause. Les gens peuvent s’arrêter quelques minutes, écouter un texte, saisir un mot, une phrase. Pour moi, c’est à la fois un geste artistique et politique. La poésie introduit une autre temporalité dans la ville. Elle ouvre un espace d’écoute et de réflexion.
► En traversant AFRICA, que souhaitez-vous que le public ressente ou questionne ? Si cette exposition devait laisser une trace durable, laquelle aimeriez-vous qu’elle soit ?
J’aimerais d’abord partager une fascination personnelle pour l’Antiquité qui m’habite depuis l’enfance. Mais j’aimerais aussi que le public ressente ce vertige du temps long : la sensation que ces histoires très anciennes continuent de nous traverser aujourd’hui. Cette exposition parle de mémoire, de "nouveaux ancêtres", de circulation entre les cultures. L’histoire de la Méditerranée est faite de rencontres, d’échanges, d’influences mutuelles. Si AFRICA laisse une trace, j’aimerais que ce soit cette idée : que ces histoires anciennes nous appartiennent à tous et qu’elles peuvent encore nourrir notre regard sur le présent.

Louisa Babari © Mathieu Cesar
Retour en images sur le montage de l'expositon

Montage de l'exposition "AFRICA" - Louisa Babari © Ville de Marseille - Ryan Layechi

Montage de l'exposition "AFRICA" - Louisa Babari © Ville de Marseille - Ryan Layechi

Montage de l'exposition "AFRICA" - Louisa Babari © Ville de Marseille - Ryan Layechi

Montage de l'exposition "AFRICA" - Louisa Babari © Ville de Marseille - Ryan Layechi

Montage de l'exposition "AFRICA" - Louisa Babari © Ville de Marseille - Ryan Layechi