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King of the Zulus

[mac]

Jean-Michel Basquiat 1960, New York (États-Unis) – 1988, New York

Technique mixte sur toile, 208 x 173 cm.  Achat à la galerie Daniel Templon, Paris, en 1986.

Enfant de la classe moyenne, Jean-Michel Basquiat est très tôt encouragé par ses parents à cultiver sa fibre artistique. Il acquiert une visibilité sur la scène new-yorkaise fin 1978 à la faveur d’une interview du magazine Village Voice, dans un contexte où le tag et le graffiti deviennent un phénomène urbain et avec eux le Hip-hop, porté par la jeunesse issue de l’immigration afro-latine (le père de Jean-Michel Basquiat est originaire d’Haïti et sa mère de Porto Rico).
Apprécié pour l’esprit incisif et la qualité picturale des graffitis qu’il signe alors SAMO, il est invité à participer en 1980 à la manifestation collective Time Square Show où il se distingue. Il se lie d’amitié avec Andy Warhol avec lequel il réalisera plusieurs toiles entre 1983 et 1985.
La fulgurante reconnaissance de Basquiat coïncide avec l’émergence de mouvements qui prennent le contre-pied de l’art minimal et conceptuel sous le nom de Bad painting aux Etats-Unis et de Figuration libre en France. Maîtrisant différents niveaux de langages au propre comme au figuré, il opère une synthèse entre l’expression codée des gangs new yorkais et les souvenirs de ses visites de musées.

King of the Zulus est tout d'abord le titre d'un morceau de Louis Amstrong. S'il pointe un ailleurs exotique, son primitivisme est moins l’expression d’un hypothétique subconscient africain que l’écho contemporain de la « Nation Zulu », branche non violente du Hip-hop qui prend racine à New York. Peintre de la mégalopole, Basquiat transpose au tableau la technique instrumentale de l’échantillonnage, combinant des fragments de mots, d’images et de symboles comme autant de samples visuels. Le recours à la photocopie couleur – procédé alors nouveau – lui permet d’opérer des reprises de dessins antérieurs et d’inscriptions empruntées à différents champs du savoir qu’il encolle sur la toile et incorpore à la peinture. Ce réseau de signes éclectiques et de motifs récurrents constitue le fond d’où se détache la figure humaine, thème central dans son œuvre, indissociable pour lui de l’environnement social et culturel. Cette contiguïté qui s’opère sur un mode compulsif, incite à appréhender King of the Zulus comme l’écorché d’une conscience confrontée aux incessantes stimulations urbaines et fascinée par la toute puissance de l’information.

© B.Chipault-R.Soligny - ©The estate of Jean-Michel Basquiat/Adagp, Paris