Le Centre de la Vieille Charité accueille l'exposition "Ce que la mer garde – Mémoires de la Méditerranée"
Du 24 mai au 30 août 2026, le Centre de la Vieille Charité accueille Ce que la mer garde - Mémoires de la Méditerranée, une exposition pensée comme une traversée collective des rives méditerranéennes. À la croisée de l’archéologie sous-marine, de la création contemporaine et de l’écologie, elle explore ce que la mer conserve, efface et révèle. Objets issus des collections des Musées de Marseille et œuvres d’Aïcha Snoussi, d’Elias Kurdy, de Jeff Daniel Silva et d’Aurélie Darbouret dialoguent dans un parcours immersif et participatif, où récits, mémoires et imaginaires méditerranéens se réinventent au contact du public. Une invitation à écouter ce que la mer garde, raconte et transmet - et à interroger ce que nous choisissons d’en préserver.
Commissariat - Hannah Bidoire, chargée de la programmation au Centre de la Vieille Charité
Préouverture le 23 mai à l’occasion de la Nuit européenne des Musées.
Informations pratiques :
Du au
Du mardi au dimanche de 9h à 18h
Fermeture hebdomadaire le lundi, sauf lundi de Pentecôte.
📍Centre de la Vieille Charité
2 rue de la Charité – 13002 Marseille
☎️ 04 91 14 58 80
© Atargatis, Elias Kurdy, courtesy galerie Dilecta
Une exposition pensée comme une traversée collective des rives méditerranéennes
Mer de circulations, de conflits, d’échanges et de mythes, la Méditerranée dépasse la géographie pour devenir récit, reliant autant qu’elle sépare, conservant autant qu’elle efface. Depuis des millénaires, elle recueille les traces de passages humains, de vies légendaires et ordinaires, de savoirs transmis et d’histoires tues. Ce que la mer garde propose d’explorer cette mémoire mouvante, fragmentaire, poétique, mais aussi profondément sociétale et politique, en interrogeant ce qui en a émergé et ce qui demeure au fond des eaux, mais aussi ce que les contemporains y trouvent encore, tant par l’imaginaire que grâce à de nouvelles prouesses scientifiques.

Nous la mer © La FEE (MMSHCNRS) MUJO
À travers une sélection d’objets issus des fouilles archéologiques sous-marines menées dans la rade de Marseille, conservés dans les réserves du Musée d’Histoire de Marseille, ces témoignages du quotidien racontent les vies de celles et ceux qui ont navigué, travaillé ou vécu au bord de la mer, du Xe au XXe siècle. Au cœur de cette exposition se trouve le rôle essentiel du DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines), partenaire incontournable dans la sauvegarde et l’étude de ce patrimoine englouti, qui fête ses 60 ans en 2026. Grâce à son expertise, ces objets, parfois fragiles et oubliés, retrouvent une voix et une place dans l’histoire collective.

Detail - Oannes 2022 - Elias Kurdy
Si Ce que la mer garde s’appuie sur le travail scientifique de l’archéologie, elle puise plus volontiers dans la fiction, l’écologie et l’imaginaire des publics pour proposer une lecture plurielle de la Méditerranée. Son propos relève de l’archéo-fiction : tout part d’un "Et si ?". Et si d’autres récits pouvaient être tissés entre les réalités contemporaines partagées et les objets archéologiques désormais entrés dans l’histoire ? Et si l’imagination était parfois la meilleure façon de relire le passé ? Les récits et la mémoire collective ont été forgés par le contexte dans lequel ils ont été écrits. Il est libérateur, ludique et joyeux de réinterpréter ces traces au regard des vécus et à la lumière des regards postcoloniaux, écologiques et queers portés par les artistes d’aujourd’hui. Ce que la mer garde donne vie aux objets, les fait parler, les fait rêver. L’exposition suggère de s’en saisir symboliquement pour questionner l’histoire de la Méditerranée. Les œuvres d’Aïcha Snoussi et d’Elias Kurdy interrogent la fabrication des récits historiques et archéologiques. À travers des installations qui imitent ou détournent les codes muséaux, ils donnent corps à des vestiges fictifs, des objets chargés d’une mémoire collective recomposée.

Aïcha Snoussi, Dessin préparatoire à l’installation de la Sépulture aux noyé.e.s © Aïcha Snoussi
Avec une présentation inédite de sa Sépulture aux noyé.e.s, Aïcha Snoussi invite les visiteurs à s’immerger dans son œuvre, et à y laisser quelque chose. En inventant ses propres archives, elle propose une autre manière de raconter le passé. L’œuvre rend hommage aux vies invisibilisées, et en particulier aux migrant.e.s disparu.e.s en Méditerranée. Aïcha Snoussi redonne ici une voix à celles et ceux que l’histoire a effacés, invitant les visiteurs à s’interroger sur les normes, les identités et les récits dominants.
Elias Kurdy présente une collection de "vestiges feints" : des sculptures conçues pour imiter l’usure du temps et les codes de l’archéologie. Inspirés par des observations muséales et une recherche détaillée d’archives, ces objets sont les trompe-l’œil virtuoses d’un faussaire. L’installation tisse un dialogue troublant avec les fonds du Musée d’Archéologie Méditerranéenne et les créations du public, interrogeant la manière dont les histoires sont conservées, construites, validées ou effacées, et comment les musées participent à cette fabrication des récits.
L’exposition ouvre un nouveau chapitre de l’histoire du Centre de la Vieille Charité, et propose de poursuivre son travail d’hospitalité artistique, où la frontière entre création, transmission et expérience collective s’estompe. Le public est invité à participer aux installations, que ce soit par des ajouts directs à la matière, ou par la création de pièces lors de temps de médiation qui seront exposées dans les salles.

Aïcha Snoussi_Memorial to the drowned_2021. Detail. © Marc Domage
La Fabrique des écritures ethnographiques invite ensuite le public à porter un regard plus scientifique et écologique, à travers une installation de Jeff Daniel Silva et d’Aurélie Darbouret, porteurs d’un travail de recherche autour des transformations actuelles des milieux marins et des traces visibles de l’activité humaine. Du premier espace de l’exposition jusqu’aux dernières images filmées dans les profondeurs de la baie de Marseille, le visiteur glisse de la légende à la matière, de l’imaginaire à la réalité brute de notre empreinte sur l’environnement. Vidéos immersives, dispositifs sonores et espaces de décryptage prolongent l’expérience, invitant à une contemplation active et critique.
Ce que la mer garde est une invitation à l’arpentage : celui d’un espace commun partagé et pourtant unique à chacun. Une invitation à réfléchir à ce que la mer retient de nos passages, mais aussi à imaginer ce que nous souhaitons lui confier.
Devenez acteur de l'exposition !
Durant toute la durée de l'exposition, le public est une invité à produire sa propre trace et à exposer des objets réalisés lors d'ateliers puis valorisés au même titre que les œuvres des artistes.
Ainsi, Aïcha Snoussi transforme le Centre de la Vieille Charité en un lieu de mémoire active. Offrant au public la possibilité de devenir veilleuses et veilleurs des disparu.e.s, l’artiste propose une action collective : morceler des catalogues exhumés des sous-sols de la Vieille Charité. Toucher, déchirer et transporter ces hirz, talisman, déchirure, et les recouvrir d'une poignée de sel: par ce geste, chaque participant.e engage une forme d’hommage silencieux, affirmant que chaque histoire mérite d'être préservée. Ce rituel participatif étend l'œuvre originale : il ne s’agit plus d’observer une archive, mais de la faire advenir collectivement au moment même où elle s’efface.
Tous les samedis du 30 mai au 8 août, les visiteurs sont également invités à prendre part à l'œuvre d'Elias Kurdy au travers d'animations qui proposent de découvrir des techniques simples de moulage et de reproduction, et une immersion dans l'univers de l'artiste. A travers la reproduction en plâtre, de petites pièces, modèles des œuvres d'Elias Kurdy et autres formes, les participants peuvent créer leurs propres vestiges: des objets volontairement ambigus, à la frontière entre trace authentique et invention, de nouvelles formes hybrides à qui il faut attribuer des récits.
Les "vestiges" réalisés par le public seront exposées dans le parcours, aux côtés des œuvres de l’artiste et des pièces des collections des Musées de Marseille.
Ateliers autour de l'œuvre d'Elias Kudry
Gratuit à partir de 6 ans
Inscription obligatoire sur place
Dans la limite des places disponibles (10 personnes/ateliers. 1 enfant + parent.s = 1 inscription)
Dates et horaires des ateliers :
Samedis 30 mai, 6, 20 et 27 juin, 4, 11, 18, et 25 juillet, 1er et 8 août : 15h-17h
Samedi 13 juin : 16h-18h
Ce moment est composé d’une visite de l’exposition et d’un temps de création avec la médiatrice, Marie-Rose Frigiere.

© Shadow of History, Elias Kurdy, 2026
Présentation des artistes
Aïcha Snoussi
Née en 1989 à Tunis, Aïcha Snoussi vit et travaille à Sète. Diplômée de l’Institut Supérieur des Beaux- Arts de Tunis et de l’Université de la Sorbonne, elle développe un travail qui questionne les notions d’identité et la validité des normes et des classements à travers des dessins et des installations mêlant fiction et archives. Représentée par la Galerie La La
Lande, elle crée les vestiges de civilisations oubliées qui interrogent les récits historiques établis et en révèlent les absences. Lauréate de la Villa Médicis pour la promotion 2026-2027, elle rejoindra la Villa en septembre 2026.

Portrait Aïcha Snoussi. Photo © Lorenzo Arrigoni
Aurélie Darbouret
Aurélie Darbouret est autrice et doctorante en anthropologie. À travers ses travaux, elle expérimente des formes alternatives d’écriture en sciences sociales, développant des objets hybrides mêlant récits textuels, visuels et sonores, ainsi que des expositions multimodales et des ateliers publics. Elle a contribué à plusieurs projets présentés en France et à l’étranger - Le Cantique des Moineaux (2020), Anamnèses (2023), Traversée(s) (2023). En 2025, elle est coautrice de l’ouvrage Strata, ethnographies indociles de mondes troublés, publié par Sun/Sun Editions. En 2026, elle coréalise avec Jeff Silva le film Mare Sapiens, consacré à l’anthropisation des fonds marins en baie de Marseille, ainsi que l’installation multimodale Nous la mer.
Elias Kurdy
Artiste franco-syrien né à Damas en 1990, Elias Kurdy commence ses études d’architecture à l’Université Internationale Arabe de Damas en 2008, avant de s’installer à Marseille en 2013, à la suite des événements liés à la révolution syrienne. À Marseille, il étudie à l’École nationale supérieure d’architecture de Marseille (ENSAM), puis aux Beaux-Arts de Marseille. Résident des Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille depuis 2024, il expose simultanément à l’été 2026 dans le cadre de l’exposition Ce que la mer garde au Centre de la Vieille Charité et au Château de Servières (mai-juillet 2026), dans le cadre de la Saison Méditerranée.

Portrait Elias Kurdy. Photo © Louis Maxi Hanna
Jeff Silva
Jeff Silva est artiste, cinéaste et anthropologue, dont l’œuvre fait le lien entre pratique créative et recherche académique. Docteur en anthropologie sociale de l’EHESS, il est chercheur postdoctoral sur le projet A*Midex ANFAA (Formes narratives alternatives en anthropologie audiovisuelle) à Aix-Marseille Université/ IDEAS, et membre de La Fabrique des Écritures Ethnographiques (MMSH/CNRS). Ses travaux croisent ethnographie, cinéma et création sonore pour explorer les impacts humains et écologiques des conflits, du changement climatique et de l’industrialisation. Parmi ses films figurent Balkan Rhapsodies : 78 Measures of War (2008), Ivan & Ivana (2011), Linefork (2016), Là où la terre (2018) et The Order of Things (2022), présentés notamment au Museum of Modern Art de New York, au Visions du Réel et à la Viennale (Autriche).
Objets exposés

"Ce que la mer garde. Mémoires de la Méditerranée" © Ville de Marseille - Ryan LAYECHI

"Ce que la mer garde. Mémoires de la Méditerranée" © Ville de Marseille - Ryan LAYECHI

"Ce que la mer garde. Mémoires de la Méditerranée" © Ville de Marseille - Ryan LAYECHI

"Ce que la mer garde. Mémoires de la Méditerranée" © Ville de Marseille - Ryan LAYECHI